Volontariste, d’une application trop rigide, ayant souffert de l’exclusion des généralistes du dispositif, indéniablement boudée par les Français, opacifiée par un véritable brouillard médiatique… La campagne de vaccination a abouti, selon les termes du rapport de la Commission d’enquête sur la campagne de vaccination contre la grippe H1N1, à un résultat décevant au regard des moyens engagés. Avec des circonstances atténuantes néanmoins, un contexte d’incertitudes et une situation partagée par de nombreux autres pays…
La commission d’enquête parlementaire, créée le 24 février 2010 et composée de 30 représentants de tous les groupes politiques de l’Assemblée a procédé à cinquante-deux auditions entre le 31 mars et le 6 juillet 2010 et entendu 75 personnalités, scientifiques et experts, représentants des personnels de santé, responsables d’établissements publics et d’administrations centrales et déconcentrées, représentants des collectivités locales, corps de contrôle de l’État, industriels pharmaceutiques, représentants d’instances européennes ou encore journalistes. Son objectif, qui se voulait constructif et non critique, était de réfléchir sereinement sur les insuffisances de la campagne de vaccination.
De nombreuses incertitudes sont mises en avant, à la décharge des institutions, comme le virus, lui-même « facétieux et trompeur » dont la moindre virulence n’a été connue que vers septembre 2009, moins agressif et moins létal que ce l’on craignait, avec notamment un nombre de formes asymptomatiques ou peu symptomatiques plus nombreuses que pendant la grippe saisonnière, les délais d’obtention des vaccins que les laboratoires pharmaceutiques ont finalement mis au point en 6 mois ou encore l’incertitude sur les délais d’autorisation de mise sur le marché.
Le choix d’une couverture d’environ 75 % de la population et le principe d’une double injection, avec la vaccination de la totalité de la population de moins de 65 ans et l’injection d’une seule dose pour les plus de 65 ans, supposait l’acquisition de 119 millions de doses. Fallait-il retenir un objectif de vaccination aussi large ? Consulté dès début mai par le directeur général de la santé sur cette question, le Comité de lutte contre la grippe avait alors considéré qu’« une vaccination d’une partie de la population française pourrait être suffisante pour obtenir une réduction très significative de l’impact de la grippe A/H1N1…
Une négociation trop rapide avec les laboratoires ? Malgré un total de commandes passées par l’Établissement public de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS) de 94 millions de doses de vaccins pour un montant de 674,9 millions d’euros hors taxes, les experts jugent néanmoins que les contrats passés, dans le contexte d’urgence de l’époque ne lui semblent pas abusifs. Par ailleurs, la coalition des États membres de l’UE en opposant un refus commun à l’introduction d’une clause d’irresponsabilité des laboratoires explique que les laboratoires y aient finalement renoncé.
Le rapport cite quelques chiffres : 21 millions de doses stockées dont 12 millions qui seront périmées dès octobre 2010 et le solde en mars 2011 et pour ce qui est de la campagne, 3,46 millions de doses de vaccins jetées pour 5,3 millions de personnes vaccinées, faute d’organisation.
En conclusion, un rapport plutôt mitigé qui montre l’incapacité du gouvernement, comme la plupart des gouvernements européens, à adopter un dispositif construit pour l’imprévu. Un double constat sévère : d’une part, un objectif de vaccination massive de la population loin d’être atteint, et d’autre part, un mécontentement des professionnels de santé, en particulier des médecins et infirmiers libéraux, qui semblent s’être durablement éloignés des autorités sanitaires.
Source : Assemblée Nationale, Rapport fait au nom de la Commission d’enquête sur la manière dont a été programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination contre la grippe A(H1N1), mise en ligne Alexis Yapnine, Santé log, réactualisé le 14 juillet 2010